C’est peut-être parce que mon père m’a chanté une chanson quand il m’a pris dans ses bras à la première seconde de ma vie, ou peut-être parce qu’il y avait de la musique jouant dans tous les coins des maisons dans lesquelles j’ai vécu, mais je ne peux simplement pas imaginer ce que serait ma vie sans musique. Il y a de la musique dans tout ce que je fais, tout ce que je vois et tout ce que je ressens, comme s’il y avait une bande sonore dans ma tête à chaque instant de ma vie.

Je suis nèe de parents français et singapouriens, eux-mêmes nés d’une lignée d’ancêtres italiens, chinois, sud-américains et américains d’origine franco-irlandaise. J’ai grandi dans une famille totalement multiculturelle et passé mes jeunes années entre la France, les Bahamas, la Suisse, la Chine, le Royaume-Uni et les USA, ce qui m’a permis d’apprendre plusieurs langues. La musique reste cependant le langage que j’aime le plus, profondément inscrite dans mon àme, avec une syntaxe qui est à la fois constamment nouvelle et universellement accessible.

Explorer la musique est en même temps une façon de me découvrir moi-même. La musique est pour moi un moyen de communication qui offre des expressions plus profondes et plus ressenties que les mots seuls ne peuvent offrir. Là oú les mots s’efforcent de donner une signification précise, la musique suggère des possibilités d’interprétation qui sont sans limite pour chaque auditeur, car la musique interagit avec la fibre émotionnelle personnelle de tous et de chacun. C’est pourquoi j’aime le jeu combiné des images et de la musique. La musique apporte une nouvelle expression et donne une profondeur différente à une image, au point de pouvoir la changer, accentuant la responsabilité du musicien illustrant les images d’un film.

D’une certaine manière, il semble que je vois la musique et entend les images. L’imagination est le lien évident entre les deux. Cela m’a naturellement amené à devenir une photographe, aussi à un jeune age. Mais c’est surtout Micky, un bébé de 8 mois qui venait d’arriver dans un petit orphelinat voisin de notre maison à Pékin, qui a su me donner la vision dont j’avais besoin. Micky avait été abandonné dans le froid glacial des collines du Yantai de la province du Shandong en Chine et était presque mort de froid quand il fut trouvé, si bien qu’il fallut lui amputer un des doigts du pied gauche. Malheureusement Micky avait été aussi diagnostiqué avec une malformation congénitale du cœur qui nécessitait une opération, et dut se battre contre toutes sortes de problèmes de santé durant sa première année. Je me suis sentie le devoir de l’aider dès le premier jour où je l’avais vu. Tristement, il décéda le 14 février 2009, mais son courage silencieux devint mon inspiration de faire quelque chose pour aider ces enfants que personne ne veut, abandonnés non seulement par leurs parents mais aussi par une société fuyant ses responsabilités et son implication. Depuis ce jour mes photographies ont servi à réunir des fonds en aide à ces enfants.

Il me semble toujours avoir eu la conscience innée d’être part d’un monde global et multiculturel. En abordant l’âge adulte, cette conscience de ma responsabilité dans ce monde n’a fait qu’augmenter. Je ne peux plus imaginer vivre égoïstement et sans considération pour ce qui nous entoure. Et c’est ce sens de responsabilité qui sans doute guide ce que ma vie s’efforce d’exprimer, avec l’art comme sa première langue.